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Cher David,

Je me souviens du temps où gamins de Guadeloupe, nous tapions sur des barriques ou carcasses de « bagnoles » et des caisses en bois.
Tout ce qui nous passait sous la main était prétexte à accompagner les chants plus ou moins improvisés qui rythmaient nos journées de jeux.
Dans notre quartier de gens simples, certains »grands » avaient des tambours ; tu sais les KAS sur lesquels nous jouons les rythmes du GWO KA.
Lorsque les KA cognaient, chacun de nous s’armait de 2 bâtons pour jouer le TI BWA (tac, pi, tac, pi, tac, tac) en tapant le cul du tambour sur lequel le tambouyé était assis.
Le GWO KA rythmait notre quotidien mais il n’était pas le seul.
Les soirées de week ends et de fêtes patronales réunissaient petits et grands autour des COMBOS (petits orchestres créoles) qui nous faisaient danser jusqu’au matin.
La section rythmique du COMBO était décorée voire caressée par la TUMBA.
Si la biguine et la cadence rampas occupaient une grande place dans ces soirées, la TUMBA ne reniait pas son origine latino et plus largement caribéenne. Ainsi, le compas haïtien, le son montuno et autre calypso avaient toujours leur place dans la fête.
J’ai souvent eu l’occasion de jouer les TUMBAS au pays mais c’est à Paris que j’en ai développé la pratique et plus largement exploré les rythmes cubains.
Il faut bien le dire : les cubains sont aux TUMBAS ce que les gitans sont à la guitare, une référence incontestable et, à mon avis, incontournable.
J’ai rencontré à ce jour de nombreux joueurs de tambours et toucher de nombreuses CONGAS et, chez moi, le plaisir de jouer a toujours supplanté l’idée que je me fais d’un instrument (souviens toi que j’ai commencé par cogner des caisses en bois).
Je ne peux donc dénigrer celui de peu de moyens qui se paie sa 1ère paire de tambours à 250 euros ; il doit juste s’assurer que son faible coût n’est pas au prix d’une trop grande fragilité.
De même, les instruments de marque prestigieuse ne sont pas non plus à rejeter car ils sont souvent de bonne facture mais n’oublions pas qu’ils obéissent à des politiques industrielles ce qui veut dire que l’on prend quelque chose qui marche et on le reproduit en nombre.
Ainsi, d’excellents tambours finissent à mon sens par manquer de personnalité.
Chez toi, David, j’ai trouvé des instruments uniques. Il ne s’agit pas de savoir s’ils sont meilleurs ou moins bons que d’autres (on s’en fout).
Par contre la démarche que j’ai eue suivait une règle simple : trouver des tambours qui me ressemblent et non pas qui ressemblent à quelque chose de répandue qui, à ce titre, devrait indûment faire référence.
Chacune de tes CONGAS a une profondeur, une couleur, un volume qui lui est propre : certaines sont claires, d’autres plus mates.
Je n’ai en fait jamais connu auparavant un choix si divers et me risquerait à dire que j’ai trouvé des instruments d’une sonorité exceptionnelle.
Ce sont des CONGAS africaines ; l’Afrique résonne en elle ce qui est le moindre hommage rendu par des instruments qui, sans l’héritage de ce continent, n’auraient jamais vu le jour.
Leur aspect ne renie pas leur facture artisanale. Ils sont simplement beaux et l’accueil que tu nous as réservé, lui aussi, sonne vrai.
Comme tu as pu le remarquer, je n’ai cité aucun nom de joueur connu ou inconnu que j’ai rencontré ou eu comme modèle. J’ai pris plaisir à jouer avec beaucoup d’entre eux et ce plaisir n’était pas toujours en rapport avec le niveau qu’ils avaient.
Je ferai toutefois exception à cette règle, en terminant cette lettre par une révérence. Le jour où je t’ai acheté les tambours, j’ai appris le décès de Ray Barreto. Il se définissait comme un joueur de CONGA. Cela peut paraître restrictif si l’on pense à l’immense héritage qu’il nous laisse mais cela veut dire aussi que cet instrument né à Cuba et petit fils d’un tambour africain a, grâce à des gens comme Ray, mérité ses lettres de noblesse.

Pascal
Le 01.03.2006

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