Un récit retrace l’histoire d’amour qui serait indirectement
à l’origine de la dynastie Tchokwé, vers le XVIe siècle.
Tshibinda Llunga, fils de l’empereur Luba, consacrait toute son
énergie à la chasse, son activité favorite. Au cours
d’une de ces randonnées, il pénétra dans le
territoire sur lequel régnait la princesse Lweji, une Lunda. Celle-ci,
sensible à la beauté du prince et au raffinement de ses
manières l’invita à sa cour et l’épousa.
Consternation et révolte parmi les frères de la princesse
qui refusèrent de se soumettre à l’intrus et partirent
fonder d’autres royaumes. Bien que Tsibinda Llunga n’ait jamais
régné lui-même sur les Tchokwé, ils ont fait
de lui le prince modèle.
Son image, au XIXe, se concrétise en d’admirables effigies
qui se situent au sommet de la statuaire africaine. L’art des tchokwé,
à la fois baroque et réaliste, est toujours marqué
d’une grande puissance.
Dans les statues de Tshibinda Llunga, deux caractères principaux
retiennent l’attention, la force et l’autorité, ce
qui est particulièrement remarquable si l’on rappelle que
ces statues puissantes ne dépassent jamais 50 cm de hauteur. La
force apparaît dans la musculature des épaules athlétiques,
dans les membres traités par le sculpteur comme des cylindres denses
harmonieusement emboîtés. La force c’est aussi pour
des chasseurs l’aptitude à vivre en forêt. Les oreilles
sont dressées, avec une apparente mobilité qui laisse deviner
l’homme aux aguets, ce que confirment les narines gonflées.
Les sculpteurs Tchokwé ont exploité la large coiffe courbe
que porte le chef. Ils en détaillent toutes les volutes, les modulent,
les amplifient, les font saillir et traquent toutes les ressources de
cet ensemble baroque afin de déployer autour du visage ce symbole
visible de l’autorité.
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